Le compagnonnage

Le compagnonnage

Présentation d’une pratique du compagnonnage, avec Monique Quertier, qui l’a elle-même pratiquée avec Paul Le Bohec.

Avant les débats mathématiques libres

Après avoir pratiqué pendant mes premières années d’enseignement, j’ai découvert les pédagogies dites actives et notamment de la PMEV, non concluante sur le plan personnel.

Basée sur les pratiques Freinet, je me suis renseigné plus à propos. J’ai découvert un univers très proche de mes valeurs et de mes envies dans la classe. Je décidais de me lancer en pédagogie Freinet.

J’ai lu « apprendre avec les pédagogies coopératives » 1 et j’ai pris tout l’été pour réfléchir à ma pratique en classe et me voilà donc fin prêt pour septembre, je me lâche : texte libre (pratiqué dès ma titularisation), conseil de coopérative, chasse aux mots, sorties, PIDAPI, plan de travail et les recherches mathématiques.

3 mois durant dans la classe il y a eu un temps de recherche mathématique 2 journalier. Les enfants créent des productions sur feuille, et une fois par semaine, nous ouvrons les boites de créations pour en discuter. De cette pratique devait naître le débat pour ensuite aller plus loin, susciter l’envie chez les élèves. Malheureusement pendant tout ce temps ce fut des moments où je poussais, je dirigeais, j’obligeais les enfants.

Je menais les élèves individuellement et peu de concepts émergeaient. De l’entraînement tout au plus. Lors des présentations, 2 enfants parlaient et les autres se taisaient malgré mes relances incessantes.

En bref pas de vie dans la classe.

Certainement que je n’ai pas su mener ce temps que je n’ai pas réussi à faire naître de la passion pour ce moment. Pourtant d’autres y arrivent très bien.

Aurais-je du pousser plus les enfants, les diriger plus ? Ce n’est pas dans mon tempérament, et si une pratique doit être menée que par l’adulte où est l’intérêt pour l’enfant ? La finalité ne fut pas positive du tout.

Pratique du compagnonnage

Comme il ne faut jamais rester seul je lançais une bouteille à la mer sur la liste du GD 93 et Monique y répondit pendant les vacances de noël.

Nous décidâmes de nous rencontrer chez elle pour échanger sur les problèmes rencontrés, la vision de la classe et de l’enseignement ainsi que pour parler de la mise en place du compagnonnage.

Nous échangions sur les problèmes que je rencontrais, sur notre vision commune de l’enseignement et enfin sur la mise en place du compagnonnage.

Nous allions tous les deux dans le même sens, le sens de la vie dans la classe, et quoi de plus idéal que le débat.

Elle m ‘expliqua sa pratique du débat libre mathématique, et nous primes rendez-vous dans ma classe pour qu’elle vienne animer une séance dans ma classe. Je partis plein d’espoir et avec une bibliographie à lire :

  • le texte libre mathématique, Paul Le Bohec
  • 20 ans de pratique dans ma classe, Monique Quertier
  • le DVD : la création mathématique, Monique Quertier

J’étais vierge de toute lecture par rapport à cette pratique et je pris la fin de mes vacances de Noël pour me cultiver. Je rentrais pleinement dans la démarche de compagnonnage.

J’ai fait les choses dans les règles et j’ai informé les différents protagonistes de l’administration : directeur, inspection et enfin les enfants (malheureusement les premiers concernés sont trop souvent les derniers informés).

Monique et Francine (Tétu) sont arrivées dans ma classe. Elles transportaient leur matériel pour filmer. Francine étant toujours derrière la caméra pour immortaliser les débats. Elles se sont présentées, on a organisé la classe avec les bancs devant le tableau. J’ai coupé aléatoirement la classe en deux groupes et le débat pouvait débuter.

« Avec des points, des traits, des chiffres ou des lettres, faites quelque chose de mathématique ».

J’ai assisté là à ma première séance de véritable mathématique. 3

Les enfants en plein recherche, une animatrice ne connaissant pas la classe qui n’a pas besoin de faire la police et surtout du plaisir plein les yeux des enfants.

Du plaisir général dans une séance de mathématique, comment cela se fait-il ?

De nombreuses questions ont émergé, des stupéfactions, du désarroi (d’avoir ennuyé mes enfants pendant si longtemps) mais une certitude : pourquoi faire des maths autrement ?

Nous primes un temps de bilan, filma, et la caméra n’étant pas mon amie fidèle ne suis resté quoi.

Nous avons alors décidé de nous revoir et de mettre en place un compagnonnage Monique et moi.

Sous quelle forme ? Cela se précisa lors de la première réunion à laquelle je participais dans le jardin de Monique., son petit coin de paradis.

Nous étions 4 : Yanek 4,

Cécile, Monique et moi. Les grandes lignes du compagnonnage furent mises en place :

  • des visites dans la classe, où Monique animerait un débat et où Francine Filmerait
  • des compte-rendus réguliers de ma pratique dans la classe
  • des retours de Monique sur mes compte-rendus
  • des rencontres régulières, idéalement mensuelles.

Les piliers étaient posés.

Les piliers du compagnonnage

1 – Les compte-rendus

À la suite de mes séances je produisais une feuille de postparation, permettant de savoir ce qui avait été vu, ce qu’il y avait à approfondir ou pour donner mes impressions.

Ces compte-rendus je les envoyais à Monique le plus souvent possible.

Ils m’ont permis de mieux connaître et comprendre l’état d’avancement du groupe en prenant de la hauteur par rapport à ce qui avait été abordé. J’ai également pu voir mes problèmes notionnels et donc me cultiver pour en apprendre plus et pouvoir étayer au mieux les enfants la prochaine fois que ces notions feront leur apparition.

2 – Les retour de compte-rendus

Monique annoté ces compte-rendus de quelques notions mathématiques ou des pistes qu’elle aurait pu explorer avec les créations abordées.

Cela m’a permis de voir les possibles, les ouvertures envisageables sur les productions des enfants. C’est aussi grâce à ses retours que j’ai pu trouver des réponses à certaines questions insolubles pour moi : je me suis cultivé.

3 – Des rencontres régulières

Il a fallu que je me rassure, c’est un grand pas dans le vide que je faisais là. Ces rencontres régulières me rassuraient. J’évoquais les problèmes rencontrés et ensemble nous trouvions des solutions à essayer pour les prochaines séances.

Je n’étais plus seul.

Chaque réunion apportait une pierre à l’édifice de ma confiance. Ces échanges sans jugement avec notamment Monique, Francine et Cécile 5.

D’autres ont participé par la suite, mais ce noyau-là était un indispensable.

4 – Observation des pratiques in situ

Monique et Francine sont venues régulièrement dans ma classe. Monique animait et Francine filmait et commentait involontairement en off, pendant que personnellement je me nourrissais.

j’emmagasinais de l’expérience. Je notais les petits détails du vécu de Monique, ces tics de langage, ces gestes involontaires, son positionnement.

Tout ce qui fait avancer le groupe. Toutes ces petites choses informelles, jamais dites, que l’on acquiert au fil du temps et de l’expérience et qu’il est si difficile de retranscrire lors de nos échanges.

Cette pratique du compagnonnage m’a tellement apporté dans mes réflexions, dans ma vision de l’enseignement.

C’est un indispensable selon moi, d’autant plus que les limites géographiques tombent de plus en plus à l’ère numérique.

  1. Apprendre avec les pédagogies coopératives, de Sylvain Connac, 2017
  2. Recherche mathématique
  3. Définition du Larousse illustré : science qui étudie par le moyen du raisonnement déductif les propriétés d’êtres abstraits (nombres, figures géométriques, fonctions, espaces, etc.) ainsi que les relations qui s’établissent entre eux.
  4. Monique suivait Yanek depuis un certain temps et il entamait son CAFIPEMF.
  5. Monique Quertier, Francine Tétu, Cécile Priou

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