Argumentaire pour l’utilisation de l’informatique en classe, Bernard Collot (2016)

La grande majorité des parents de l’alternatif font partie de la mouvance de l’écologie, de l’alimentation bio, de la consommation autrement, de la médecine naturelle…

Les arguments contre le numérique tiennent probablement en grande partie des travaux qui ont vu le jour ces dernières années sur les dangers des écrans (santé, effets sur le sommeil, effets de la lumière bleutée, immobilisation,… et surtout l’addiction).

Ces arguments ne peuvent être niés. Pas plus que peuvent être niés les arguments contre l’excès d’alimentation carnée, l’invasion des ondes, les vaccinations systématiques, les antibiotiques, etc.

MAIS les enfants vivent et vont vivre dans un monde où l’informatique, l’audio-visuel, internet,… constituent les outils de notre société, en particulier les outils de communication.

Ce ne sont que des outils, comme autrefois le stylo bic n’était qu’un outil qui a remplacé les plumes sergent-major en créant une levée de boucliers mais en libérant l’écriture.

Si justement on ne veut pas que les enfants soient asservis de façon consommatrice par ces outils, il est nécessaire qu’ils puissent se les approprier de façon consciente et créatrice, les utiliser dans ce qui étend leurs pouvoirs (exemple d’un tableur avec lequel l’exploration mathématique peut être infinie), en connaître les possibilités et les limites, en savoir leurs fonctionnements (lorsque les enfants peuvent faire des vidéos, ils ne sont plus alors prisonniers des images sur écran qu’ils perçoivent quotidiennement parce qu’ils savent qu’on peut faire dire ce qu’on veut aux images qui ne sont jamais le réel ou la vérité).

Avec le numérique, ce sont d’autres formes de langages qui sont apparues (par exemple la lecture d’hypertextes sur écran ne fait pas appel aux mêmes processus cérébraux que la lecture d’un livre) . Ces langages ils les apprendront (ou les apprennent) en dehors de l’école mais sans en connaître les dessous qui permettent de ne pas accepter inconditionnellement ce qu’ils produisent.

MAIS l’informatique, le numérique ne sont pas utilisés dans la classe de façon irréfléchie, non contrôlée, permanente ou comme devenant l’enseignant (exemple des MOOC).

Ils s’insèrent dans l’extension des cercles des langages et de la perception du monde de chaque enfant. Par exemple ce n’est qu’à un certain stade qu’un enfant aura la capacité et le besoin de communiquer avec d’autres qui ne sont pas là, de connaître d’autres vies, d’autres mondes,  dans le virtuel d’un internet qui ne sera plus alors pour lui du virtuel (capacités de représentations), ce qui n’éliminera pas les autres moyens de communication pour des relations plus intenses, plus duelles, les besoins de rencontres… souvent cela les provoquera même. Ils donnent aux enfants des pouvoirs comme par exemple celui… d’écrire (!) quand l’usage d’un traitement de texte, d’une PAO permet d’affiner plus facilement l’expression de sa pensée pour la rendre plus lisible, plus percutante… et publiable. Ce qui autrefois n’était permis qu’à une minorité… d’adultes !

Ils ne se substituent aucunement à l’expérimentation (dans tous les domaines), au contraire ils ne peuvent s’approprier solidement que lorsque chaque enfant s’est construit dans le concret et le tâtonnement expérimental les représentations dont a besoin le numérique pour être utilisé.

MAIS le numérique  ne s’approprie dans nos classes que par le tâtonnement expérimental dans l’usage et la création. C’est ainsi pour tous les langages et leurs outils dont les enfants auront besoin dans notre société (ou seront confrontés à eux). Nous n’apprenons pas à lire, nous permettons d’écrire-lire !

MAIS enfin nous sommes conscients des dangers sur l’usage inconsidéré du numérique. Il n’est pas utilisé pour “apprendre le numérique” ou pour que les enfants jouent avec les jeux du commerce mais seulement quand son usage permet d’aller plus loin, offre des possibilités nouvelles. Il n’est qu’une toute petite partie des possibilités qu’offre une école du 3ème type, parce que cette possibilité fait partie aujourd’hui de la vie courante. Ses dangers, d’une part nous les limitons nous-mêmes, d’autre part c’est la maîtrise d’un outil qui le fait utiliser à bon escient et de façon pertinente, qui fait qu’on n’est plus à la merci et asservi par ce qu’en fait notre société de consommation.

Bannir le numérique dans nos écoles, c’est un peu comme si on bannissait le livre sous prétexte de l’absurdité des manuels ou que l’on bannissait les BD sous prétexte qu’elles ne font pas partie de la littérature ou que l’on bannissait l’usage d’un fer à souder sous prétexte qu’il peut être dangereux !

Bernard Collot – le 11/09/2016 sur la liste pratiques

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