Organisation de la classe

Voici l’organisation de ma classe, en cette fin d’année scolaire 2018.

C’est un système complexe qui évolue au fil du temps selon le groupe d’enfants et leurs interactions.

Organisation spatiale

La classe est rangée par coins ou ateliers permanents. Les enfants y ont accès quand ils le souhaitent tout au long de la journée afin de créer, modifier des informations ou se renseigner (voir même papillonner).

Les espaces sont délimités visuellement et changent d’emplacement au fil du temps.

Les coins aussi peuvent disparaître, grandir ou se réduire selon leur utilisation par les enfants.

Les coins permanents (fin d’année scolaire 2018)

  • Coin écrire: comportant tous les outils nécessaires ou des idées pour écrire.
  • Coin bibliothèque: la plupart des livres sont réunis ici. C’est un coin agréable avec de la moquette et un canapé confortable.
  • Coin histoire/géographie: ici sont réunis tous les livres en rapport avec l’atelier, les cartes, les jeux, les puzzle et un frise chronologique préremplie1.
  • Coin sciences: avec une balance, un mètre enrouleur, des loupes, un microscope, des livres en rapport avec le thème et des fichiers expériences avec le matériel nécessaire.
  • Coin mathématiques: avec tout le matériel de mathématique. Il est prêt du tableau pour que les enfants puissent s’en servir pour effectuer leurs recherches.
  • Coin création: ici sont réunies tous les outils pour créer artistiquement. Il y a de tout et tout est accessible librement.
  • Coin Lego: un espace Lego, avec les briques rangées par couleur dans des boites transparentes.
  • Coin Kapla: atelier délimité par un tatami afin de pouvoir construire sans crainte de gêner les autres quand les bûchettes tombent.
  • Coin fichiers: tous les fichiers PEMF2, de mathématiques ou les projets sont réunis ici.
  • Coin jeux: des jeux de société sont réunis ici. Il se trouve prêt de tables pour être confortablement installé au besoin.
  • Coin bricolage: un véritable atelier, avec de vrais outils est placé dans le couloir pour ne pas gêner les enfants en activité dans la classe.
  • Coin ordinateurs: avec trois ordinateurs: deux permettant un accès à internet et le troisième avec les C’est pas Sorcier3 et les il était une fois4.

Organisation temporelle

La journée type est volontairement flexible pour permettre à une mouche5 de venir perturber le fonctionnement normal.

Il y a donc des moments de liberté encadrés par des regroupements (obligatoires ou non) qui permettent de ryhtmer la journée. et donc de construire la structuration du temps des enfants.

  • 8h45-9h30: arrivée échelonnée et activités libres.
  • 9h30-10h00: réunion (temps obligatoire pour tous)
  • 10h00-11h00: temps d’activités libres.
  • 11h00-11h30: débat libre mathématique
  • 11h45-13h30: temps de repas (avec une lecture collective avant de se mettre à table)
  • 13h30-14h15: activités libres, j’en profite pour corriger les textes dans la boite à correction et pour suivre quelques enfants.
  • 14h15-15h00: temps collectif, non obligatoire, sur un sujet choisi pendant la réunion.
  • 15h00-15h15: rangement
  • 15h45-16h15: écoute musicale, bilan de la journée et rappels des activités prévues pour le lendemain.

Archivage

Les enfants qui produisent ont plusieurs choix par rapport à cette dernière:

  1. La garder dans leur classeur.
  2. La ramener chez eux.
  3. La jeter.
  4. L’archiver dans la classe.
  5. L’archiver dans le journal.

Cet archivage est primordial pour la vie du groupe. Il est la mémoire de ce qui est fait et il permet de s’inspirer quand on n’a pas d’idée.

Il y a dans chaque coin un classeur permettant d’y mettre sa production. Ils sont régulièrement consultés par les enfants.

Le journal6 est une communication vers l’extérieur.

L’hétérogénéité du groupe classe

Je fonctionne dans une classe unique du CP au CM2 et c’est un choix totalement assumé et revendiqué.

Les apprentissages sont particulièrement efficaces dans cette structure. Les enfants nouveaux arrivent dans une structure existante, qui a un véritable vécu, et donc apportent leur pierre à un édifice préexistant.

Les grands sont un exemple pour les plus jeunes et montrent ce qu’ils savent faire.

Les plus jeunes apportent leur fraîcheur d’esprit et leur envie de découvrir le monde.

La place de l’adulte

L’adulte dans tout ça!

Il organise l’espace selon les besoins, il anime des ateliers, favorise les échanges, attise la curiosité, apporte son expérience quand il lui semble opportun de le faire, il corrige et reste à l’écoute de tous les besoins de chacun sans s’oublier car il fait partie intégrante du groupe.7

Bilan

Dans cette structure à la fois rigide car dictée par des moments forts, apporte une souplesse qui favorise les échanges entre les enfants.

C’est une structure qui permet aux enfants de s’emparer de leur espace et donc de le façonner à leur envie et à leur fonctionnement.

Bien entendu la rentrée prochaine apportera ses nouveaux arrivants et donc leur élan de vie. La structure va évoluer jusqu’à trouver son équilibre, mais avant cela il y aura des dissipations nécessaires à son évolution.

C’est donc une nouvelle aventure qui débutera en septembre.




Outils de suivi (2017)

Voici la présentation de quelques outils de suivi des enfants très personnels. Ils me servent et pourraient vous servir qui sait.

Fichier journalier de suivi

Voici une fiche de suivi permettant de recenser les activités des enfants. C’est u outil que j’utilise quotidiennement, que j’annote quand je suis en correction individuelle ou quand je vois des productions.

Je la range dans mon classeur personnel, dans une pochette transparente, et j’y joins les textes corrigés et recopiés, les dessins, les photos intéressantes.

Avant chaque vacances je regroupe les fiches et annote une fiche plus globale pour voir les évolutions des enfants et envisager des travaux plus spécifiques pour la suite.

Outil de suivi de projets

Afin de pouvoir suivre et améliorer les projets des enfants dans la classe, nous utilisons une fiche pratique.

Elle permet de réfléchir à toutes les étapes nécessaires à la réalisation de ce projet, aux outils à employer et du temps envisagé. Cela permet de voir en quelques minutes la masse de travail à réaliser.

Au départ, je remplis cette fiche avec les enfants impliqués, en quelques minutes, puis petit à petit leur laisse la fiche à disposition et ils la remplissent quand ils en ont besoin.

Quand un projet est en cours, tous les jours je prends un temps pour voir où ils en sont, ce qu’il leur reste à faire ou bien ce qui les bloque.

Quand tout et terminé, nous faisons un bilan et réflechissons à ce qui doit être amélioré pour la prochaine fois et nous archivons cette pochette afin que les prochains puissent bénéficier des réflexions déjà effectuées.

Tableau vierge à double entrée

Bien entendu, il me faut auprès de moi, un tableau à double entrée avec le nom des élèves en colonne et des colonnes vides à côté pour noter tout ce qui me semblerait nécessaire.

Des post-it

Pour finir, il me faut toujours des Post-It près de moi pour ne rien oublier de ce que j’ai à faire que ce soit pour la classe ou pour les enfants.

Ils sont devenus indispensables à ma pratique.




Une expérience d’écri-lecture

Une pratique d’écriture en classe qui a permis de mettre en place une ambiance favorable au développement de l’écrire et du lire.

Depuis deux ans, dans ma classe unique (CP/CM2) une ambiance sereine a été mise en place afin de favoriser les apprentissages de l’écrit et du lire.

Inspiré des techniques Freinet d’écrilecture, les enfants écrivent tous, sans contrainte de l’adulte, le seul contrat accepté par tous:

On doit écrire un peu tous les jours.

Plusieurs outils sont utilisés dans la classe.

1 – Le texte libre libre de Paul Le Bohec.

Inspiré du livre de Paul Le Bohec.8

Chaque enfant est libre d’écrire ce qu’il souhaite, tout ce qu’il souhaite. J’accepte de recevoir tous les écrits quelqu’ils soient.

Je pars d’un dessin ou de ce que veut écrire l’enfant (dictée à l’adulte ou texte libre), qu’il pourra lire s’il le souhaite à tout le groupe lors de la réunion du matin. Les enfants ont le droit d’écrire tout ce qu’ils veulent, j’accepte absolument tout et je corrige tout ce qu’ils posent dans la boite à corriger.
Au début je me retrouve avec des textes très particuliers des enfants, avec parfois des gros-mots, mais s’ils le désirent on le corrige. 

La correction:

Elle se fait toujours en aparté: si c’est le texte d’un enfant je le corrige avec lui. Je lui corrige les fautes en lui expliquant son erreur mais rien de plus. Bien entendu j’utilise les outils (dictionnaire, bescherelle, mots personnels etc…) Ainsi, au fur et à mesure, l’enfant prend une part plus importante dans sa correction et s’investit d’autant plus. Il aura au moins appris à se servir de ces outils.
Il doit recopier son texte. Si j’ai pris le temps de le corriger il se doit de le recopier au propre. Les erreurs sont ainsi corrigées par imprégnation9.
Au fur et à mesure des différentes corrections, l’enfant ne fait plus les erreurs les plus fréquentes.
Si jamais il y en a qui reviennent quand même, j’envoie l’enfant au fichier d’orthographe à une ou deux fiches particulières.

2 – Fichier d’orthographe

On s’en sert que si on en a besoin, dans un objectif précis.

Ce sont les fichiers PEMF10 vendus dans le commerce.

Ils permettent une utilisation individualisée et surtout de rendre la correction personnalisée selon les besoins.

3 – Ah bon! Vous écrivez ensemble

Pratique issue du document de l’éducateur n°172 173 17411.

On a toute la journée pour écrire son texte libre. Si jamais on n’a pas d’idée, et cela arrive souvent, tous les enfants qui n’ont pas eu d’idée se réunissent et on échange, on se libère, on discute et souvent cela provoque la situation se débloque. ALors soit l’enfant va écrire de sutie, sinon on ajoute un post-it au tableau de bord de la classe pour que le lendemain il se souvienne de son idée.
Régulièrement, on pratique avec les enfants qui le souhaitent, souvent ceux qui n’ont pas d’idée pour écrire, Ah! vous écrivez ensemble.
Là aucun but d’orthographe, de conjugaison ou quoi que ce soit. On écrit, pour rire, pour dédramatiser, pour se faire plaisir et on jette.
Les enfants adorent et cela permet à chacun de réaliser qu’écrire est un grand moment d’émotion. Cet outil a pour moi comme seul objectif de libérer la plume.

4 – Les recherches documentaires.

Les recherches documentaires qui donnent lieu à des pagettes12 ou des exposés.
La correction est comme tous les autres textes, en individuel et après on recopie.

5 – Les débats libres de français

Les débats libres de français. On appelle cela toilettage dans la classe, mais l’objectif n’est pas corriger les fautes, mais de jouer avec la langue.
Le vendredi, on fait un choix de texte. Ce texte sera l’objet de plusieurs ateliers la semaine suivante.
Le toilettage (débat libre de français) -> les enfants qui souhaitent participer, viennent. On lit le texte (corrigé au préalable par mes soins), on échange dessus, on le modifie selon l’envie du groupe. on rit, on joue avec la langue et on obtient un nouveau texte. (voir en pièce jointe le texte originel et toiletté)
Atelier de lecture -> pour les plus jeunes, on vient apprendre à lire.
Atelier d’illustration -> Les enfants qui le souhaitent illustrent le texte de la semaine. (voir en pièce jointe un exemple d’illustrations sur le texte.

Conclusion

Cette organisation, plutôt complexe permet à chacun de s’y retrouver dans l’écrit.

J’ai cette année, après deux années de pratique une classe libérée par l’écrit. Les fautes s’amenuisent au fil du temps, en laissant le temps à chacun de s’approprier la grammaire et l’orthographe.

Par exemple, j’ai un enfant (considéré comme phobique scolaire à son arrivée) qui écrivait très peu et avec beaucoup de fautes (1 à 2 par mot) était totalement découragé par l’écrit. Du coup il écrivait peu, voir pas du tout. Le temps qui lui est laissé lui a permis de se libérer, et l’accueil de ses textes même bourrés de fautes lui a donné confiance. Il a abandonné l’orthophoniste, il se prend de passion pour l’écrit et produit plus que de raison. Maintenant qu’il produit pour le plaisir, je ne lui demande plus d’écrire tous les jours et pourtant j’ai toujours plus de textes à corriger. 

Cela fonctionne pour tout le groupe. Il y a encore un enfant qui bâcle son écrit du jour, mais il le bâcle de plus en plus long (commence-t-il à prendre plaisir? Ou alors commence-t-il à y voir un intérêt?)

Voilà pour mon expérience sur l’écrit. Pour moi il est important que l’enfant ne se retrouve pas démuni et prenne plaisir à s’exprimer.

Expression-création sont les maitres mots pour moi. On écrit pour de vrai, on lit pour de vrai et pas pour l’adulte.




Les brevets

Fonctionnement des brevets dans la classe.

Une utilisation possible des brevets et chefs-d’œuvres de Célestin Freinet.

Des brevets (Freinet)

Un peu d’histoire

Texte issu du document de l’éducateur n°1413

Afin de trouver des solutions aux évaluations qu’il trouve inadéquates, Célestin Freinet se penche sur les brevets de scouts de Baden-Powel (bien que trop militaires pour lui). Baden-Powel avait bien compris le besoin de l’enfant de se surpasser sans cesse et il avait marqué par les brevets les étapes de ces conquêtes.

Après plusieurs séries trop proches de celles des scouts – Chef-dœuvre, compte-rendu et épreuves – le fonctionnement n’était pas le bon : c’était trop ou trop peu pour les enfants.

Exemple :

PREMIÈRE SÉRIE

Chef-d’œuvre : Réalisation d’un petit album illustré.

Compte rendu : Mémoire sur la vie et l’œuvre de cinq grands écrivains.

Épreuves : Récit d’un événement. Conte ou poésie illustrés, lettre aux correspondants.

Ces brevets étaient soit des tests et là il n’y avait pas assez d’explication, soit on veut qu’ils soient plus profond et il n’est pas la peine d’entrer dans tant de détail.

Voilà les précisions sur comment recevoir un chef-d’œuvre d’enfant :

Conformément à toute notre pédagogie de vie :

– L’enfant éprouve le besoin de produire des chefs-d’œuvre. Ce ne sont pas précisément des chefs-d’œuvre selon la conception courante des éducateurs; l’essentiel c’est qu’ils soient des chefs-d’œuvre pour l’enfant, que dans sa conception d’enfant ils soient dans une certaine mesure des sommets qu’il sera fier d’avoir atteint.

– Nous lui en donnons le plus possible les moyens matériels, par nos diverses réalisations techniques, y compris la dernière, celle des bandes.

– Nous mettons en valeur, en classe et hors de classe, les résultats qui sont l’expression active des personnalités, qui mobilisent tout leur être, et constituent, de ce fait, le meilleur des stimulants.

– A nous de faire circuler dans de bonnes conditions ce sang nouveau que nous avons donné à notre pédagogie.

Pas de jugement des chef-d’œuvre selon des normes scolaires . Il appartient à l’enfant de le qualifier en tant que tel.

Liste des brevets

Voyant que les enfants allaient plus volontiers vers des brevets moins scolaires, et sachant que ces brevets étaient tout aussi importants il y avait 3 brevets obligatoires à faire par trimestre.

BREVETS OBLIGATOIRES

I. Brevet d’écrivain : Poème illustré, réalisation d’un petit album illustré. Conte illustré. Lettre aux correspondants, etc…

2. Brevet de lecture : Lire en silence un texte de journal scolaire ou une page d’écrivain, et expliquer ensuite ce qu’on a lu. Lire à haute voix, aux camarades ou au magnétophone, un texte plus long. Lire un texte manuscrit, etc.

3. Brevet d’écriture : Réalisation de pages bien calligraphiées et illustrées.

4. Brevet de bon langage : Raconter d’une façon vivante un conte ou une histoire intéressante. Raconter de façon vivante un fait dont on a été le témoin. Lecture d’un texte dialogué, ou dispute avec un camarade, enregistrement magnétophonique.

5. Brevet de maître en orthographe : Présenter un texte d’une page avec moins de trois fautes. Chercher un mot sur le dictionnaire en un temps record.

6. Brevet d’historien : Mémoire sur l’histoire du village. Étude des caractéristiques locales. Recherche de vieux documents ou manuscrits, maquettes diverses.

7. Brevet de géographie : Plan de la classe au de la région. Maquettes diverses. Recherche de documents. Réalisation d’albums, de photos ou de diapositives. Conférence sur un aspect particulier de la France ou du monde.

8. Brevet d’Ingénieur de l’eau et des liquides divers : Expériences diverses avec comptes rendus.

9. Brevet d’Ingénieur de l’air et des gaz : Compte rendu d’expériences et de réalisations diverses.

10. Brevet d’Ingénieur des végétaux et des cultures : Observations et expériences.

11. Ingénieur des minéraux divers : Recherche et expériences avec les minéraux divers.

12. Ingénieur du fer : Expériences diverses.

13. Brevet de calculateur : Avec réalisation et résolution de problèmes complexes comportant les diverses opérations graphiques et montages divers.

BREVETS ACCESSOIRES

imprimeur
graveur
limographe
dessinateur
classeur
collectionneur
programmeur
enquêteur
dactylo
conférencier
conteur
poète
copiste
inventeur
expérimentateur

chanteur
peintre
décorateur
acteur
marionnettiste
musicien
danseur

athlète complet
coureur
sauteur
grimpeur
nageur
plongeur
hygiéniste
secouriste
piéton
campeur
explorateur

maquettiste
sculpteur
potier
céramiste
maçon
menuisier
jardinier
cueilleur
cuisinier
serrurier
électricien
couturier
balayeur
éleveur
constructeur
voyageur

bon camarade
politesse
bon coopérateur
bon correspondant
propreté

Plusieurs sortes de brevets :

Le brevet test, plus utile dans les matières scientifiques, car mesurable et réalisable dans des conditions bien précises.

Le brevet chef-d’œuvre, donne droit au brevet même s’il ne suit pas des normes précises.

Ces brevets ne sont pas évalués de manière scolastique, mais plutôt de pair à pair, car c’est mieux accepté.

Organisation

Une semaine par mois les enfants choisissent leurs brevets et se lancent dans leur réalisation.

Pourquoi des brevets ?

Cette année (2016-2017) j’ai laissé libres les enfants dans la classe. Libres de leurs projets ainsi que de leurs choix d’activités. J’ai remarqué que certains ne se sentaient pas sécurisés par cette liberté nouvelle, ils papillonnaient dans la classe très souvent pour trouver une activité qui leur plaise.

Pour leur donner des satisfactions et ainsi montrer que chaque projet permet d’apprendre, j’ai utilisé les arbres de connaissances. Ils permettent de montrer l’évolution de chacun. Même si c’est un outil très pointu et très utile il ne permet pas à chacun de visualiser un but.

Fort de cette expérience et des différentes lectures, il me semble qu’il est bon pour que tout le monde (enfants autonomes ou peu autonomes) se sente à l’aise qu’il y ait des objectifs à avoir, pour savoir où aller et pourquoi y aller. Ces lignes directrices données vont permettre de donner de la consistance aux enfants.

J’ai donc penser aux brevets qui pourraient me permettre d’allier réussites des arbres de connaissances et buts à atteindre. Chaque brevet serait lié à des réussites afin d’alimenter leur jardin de vie, et aussi procurerait des objectifs pour les moins sécures.

Organisation dans la classe

Forme du brevet

Sur le brevet devront être notées des informations essentielles :

  • nom du brevet
  • quel type de brevet ? – avec quel(s) coin(s) de la classe est-il lié, pour trouver le matériel facilement.
  • les outils nécessaires à sa réalisation
  • le matériel nécessaire
  • les étapes à suivre (pour les brevets-tests)
  • les réussites liées de ce brevet

Toutes ces différents éléments permettront à l’enfant de savoir les tenants et les aboutissants de son activité. Cette précision est me semble-t-il indispensable pour que l’enfant ne soit concentré que sur les tâches à réaliser.

Je différencie outil et matériel pour rentrer dans la précision du langage. Le matériel est une matière que l’enfant façonne pour fabriquer ou construire son chef-d’œuvre, et l’outil est l’objet qui permet cette réalisation.

Rangement

Les brevets seront rangés dans des classeurs de brevets. Ils seront regroupés par coin de classe

  • lire,
  • écrire,
  • mathématiques,
  • sciences,
  • création,
  • informatique,
  • histoire,
  • géographie,
  • bricolage,
  • musique
  • athlète

Un brevet sera inscrit sur une feuille, dans une pochette transparente organisés par des intercalaires. Deux classeurs seront nécessaires.

Archivage

La question de l’archivage des brevets est très importante.

Pour l’adulte

Afin de savoir où en est l’enfant et en plus des observations habituelles, la liste des brevets doit être archivée.

Je vais utiliser un tableau à double entrée individuel, avec la liste des brevets en colonne et sur une ligne les mois.

Exemple :

Je colorierai une case quand un l’enfant aura réussi un brevet.

Pour l’enfant

Une fiche mensuelle des brevets, une sorte de plan de travail, qui recense tous les brevets.

À la fin de chaque ligne de tableau, deux sortes d’évaluation : celle du créateur et celle de l’adulte. Les brevets sont observés avec l’adulte, en concertation et chacun dit ce qu’il en pense.

Exemple :

L’enfant colorie la case du brevet choisi.

Pour la classe

Je réfléchis à un tableau collectif des brevets afin de faciliter la coopération. Une sorte de recueil de tous les brevets pour trouver de l’aide auprès des enfants experts.

Cet outil de communication faciliterait les démarches d’aides, mais dévaloriserait grandement ceux qui ont peu ou pas de brevets.

Fonctionnement

Dans la classe il faudra présenter les brevets, et leur fonctionnement en groupe classe et ensuite les travailler en groupes restreints.

Les brevets fonctionneront de cette façon :

  1. Libre choix dans les brevets : ne pas faire de distinction entre les brevets obligatoires et facultatifs. Toutes les activités ont leur importance pour que les enfants se sentent bien et valorisés. Il faudra des brevets accessibles à tous les niveaux.
  2. Obligation de faire 3 brevets par mois minimum : Cette obligation sera mise en place pour que les enfants avancent et prennent confiance dans leurs compétences et leurs apprentissages. Ils avanceront à leur rythme sans pression du fait du temps laissé (1 mois étant une durée assez longue), mais se verront grandir grâce à ces réussites. Les brevets pourront être réalisés quand bon leur semble.
  3. Obtention d’un brevet : Un brevet pourra être réussi de deux manières différentes.
    • C’est un brevet-test avec des étapes à suivre et à réaliser qui devront être reproduites en présence de l’adulte.
    • C’est un brevet chef-d’œuvre qui peut être obtenu à tout moment grâce à la réalisation d’une production. Il peut être demandé par l’adulte à qui est présenté la création, soit par l’enfant lui-même qui aura remarqué un lien avec un autre brevet.
  4. Les brevets réussis annoncés en bilan : les brevets réussis (ainsi que les réussites correspondantes) seront annoncés pendant le temps de bilan, afin de valoriser les enfants qui auront réussi, donner envie aux autres de réussir ces brevets (peut-être inconnus encore) ainsi que de laisser la possibilité aux enfants ayant eu des difficultés dans cette réalisation de poser des questions pour réessayer.
  5. Inscription dans le tableau de bord : les brevets en cours seront inscrits dans le tableau de bord de la classe ainsi que sur les tableaux de bords individuels, afin d’assurer un suivi au cours de leur réalisation.

Bilan d’utilisation

Après un an d’utilisation dans la classe et un engouement certain les deux premiers mois, cet outil s’est essoufflé. Trop peu relié à la vie ou trop lourd à utiliser.

En tant qu’adulte je l’ai porté, mais l’objectif d’autonomiser les enfants dans leur évaluation n’était pas atteint.

Le classeur regroupant tous les brevets est toujours présent dans la classe mais il ne sert plus. Certains enfants le regardent toujours mais il ne l’utilisent plus.

Peut-être reviendra-t-il comme l’ont fait d’autres outils? L’avenir nous le dira.

Affaire à suivre.

Outils utilisés

Outil de suivi de l’enfant
Outil de suivi de l’adulte
Outil de suivi de l’enfant

Outil de suivi de l’adulte




La réunion

Article sur la réunion, phase indispensable à la cohésion du groupe.

C’est un espace qui permet à chacun de trouver sa place.

C’est un outil indispensable pour le groupe.

Pourquoi ? 14

La réunion est un pilier de la classe. C’est un espace où le groupe se forme, crée, où les règles explicites ou implicites apparaissent.

Toutes les décisions du groupe sont formulées, débattues et prises lors de la réunion.

C’est aussi l’espace où chacun propose ses projets, demande de l’aide ou explicite ses idées.

Organisation

Où ?

Devant le tableau qui deviendra le tableau de bord de la classe. Sur 3 bancs-étagères, les enfants s’assiéront de manière à ce que chacun puisse se voir.

Quand ?

Elle a lieu à 9h30 le matin après un temps d’arrivée échelonnée.

Pendant un moment nous l’avions déplacée à 10h30 mais cela coupait les temps d’atelier des enfants.

Qui ?

Tout le monde doit participer à ce moment de la classe.

Déroulement

Le temps de la réunion doit être défini à l’avance. Au-delà de 30 min il faut que le groupe soit encore réceptif.

Les enfants souhaitant participer devront s’inscrire sur une fiche affichée dans le tableau de bord de la classe.

Exemple du fichier utilisé en classe: Fiche de réunion 

Ce temps de réunion, permet aux enfants de se restaurer, car un petit déjeuner, organisé par les enfants est proposé (des biscottes très souvent).

Moments de la réunion :

  • Rappels des ateliers de la journée: tout ce qu’il y a à faire de prévu aujourd’hui.
  • Rituels: compter, date, mot du jour, caisse de la classe, etc.
  • Présentations: tout ce que l’on veut présenter au groupe.
  • Lectures: si quelqu’un veut présenter une lecture au groupe.
  • Propositions: SI on veut proposer quelque chose au groupe c’est le moment.
  • Demandes d’aide.
  • Problèmes rencontrés à régler.

Rôles :

  • Animateur, il anime la réunion.
  • Secrétaire, il note les informations de la réunion sur une fiche à ranger dans le classeur des réunions.
  • Secrétaire de parole, il note les enfants qui souhaitent s’exprimer sur les sujets abordés. (ce rôle a tendance à disparaître au fil du temps dans ma classe, la parole de l’autre est bien respectée).
  • Responsable du temps, il annonce le temps qu’il reste avant la fin de la réunion.

Prises de parole/décision :

Prise de parole

Pour proposer un projet, ou un information il faut s’inscrire sur une fiche posée dans le tableau de bord de la classe. c’est un outil permettant de fluidifier les échanges lors des propositions. l’animateur sait exactement qui va parler et peut anticiper les échanges.

Pour ceux qui proposent, les enfants peuvent réfléchir à leur propos et ainsi être plus à l’aise devant le groupe.

Lors des échanges, les enfants souhaitant participer doivent lever la main et ainsi se faire noter par le secrétaire. c’est le secrétaire qui donne la parole quand les enfants qui parlent ont terminé.

Prise de décision

Les prises de décision se font selon différentes modalités selon l’importance pour le groupe. Il ne faut pas alourdir les décisions en les hiérarchisant, les décisions impliquant tout le groupe devant être acceptées par tous.

  • Règle de la classe

la règle devant être acceptée par tous, sera choisie par consentement15 : Voir l’article sur les décisions au sein du groupe. Article

Tout le monde doit parler, et chaque étape se fait en faisant le tour du groupe. Si on n’a rien à dire on ne dit rien, mais tout le monde doit pouvoir s’exprimer.

  • Proposition de projet, de sortie

La décision se fait par consentement étant donné qu’il implique toute la classe.

Pour rendre le projet le plus complet possible, on utilisera une organisation inspirée de la méthode des 6 chapeaux d’Edward Bono16 : créativité, jugement, processus, information, optimisme, intuition.

On échange jusqu’à obtention d’une décision positive ou négative.

  • Autres décisions

La méthode conversation de café17 peut être utilisée.

Toutes les décisions sont notées sur la fiche de réunion afin de garder une mémoire des choix effectués pour faire un retour si besoin.




Les invariants pédagogiques de Célestin Freinet

Les invariants pédagogiques18

sont le socle à partir duquel les enseignants Freinet définissent leur pratique en classe.

Ce sont les valeurs à partir desquelles chacun se positionne.

(texte issu du site de l’ICEM)

Tels que définis par C. Freinet en 1964 

Pour lire le texte intégral : Bibliothèque de l’Ecole moderne n° 25

C’est une nouvelle gamme des valeurs scolaires que nous voudrions ici nous appliquer à établir, sans autre parti-pris que nos préoccupations de recherche de la vérité, à la lumière de l’expérience et du bon sens. Sur la base de ces principes que nous tiendrons pour invariants, donc inattaquables et sûrs, nous voudrions réaliser une sorte de Code pédagogique …

Invariant n°1 L’enfant est de la même nature que l’adulte.
Invariant n° 2 Etre plus grand ne signifie pas forcément être au-dessus des autres.
Invariant n° 3 Le comportement scolaire d’un enfant est fonction de son état physiologique, organique et constitutionnel.
Invariant n° 4 Nul – l’enfant pas plus que l’adulte – n’aime être commandé d’autorité.
Invariant n° 5 Nul n’aime s’aligner, parce que s’aligner, c’est obéir passivement à un ordre extérieur.
Invariant n° 6 Nul n’aime se voir contraint à faire un certain travail, même si ce travail ne lui déplaît pas particulièrement. C’est la contrainte qui est paralysante.
Invariant n° 7
Chacun aime choisir son travail, même si ce choix n’est pas avantageux.
Invariant n° 8 Nul n’aime tourner à vide, agir en robot, c’est-à-dire faire des actes, se plier à des pensées qui sont inscrites dans des mécaniques auxquelles il ne participe pas.
Invariant n° 9 Il nous faut motiver le travail.
Invariant n° 10 Plus de scolastique.

Invariant10 bis Tout individu veut réussir. L’échec est inhibiteur, destructeur de l’allant et de l’enthousiasme. Invariant10 ter Ce n’est pas le jeu qui est naturel à l’enfant, mais le travail.
Invariant n° 11 La voie normale de l’acquisition n’est nullement l’observation, l’explication et la démonstration, processus essentiel de l’Ecole, mais le Tâtonnement expérimental, démarche naturelle et universelle.
Invariant n° 12 La mémoire, dont l’Ecole fait tant de cas, n’est valable et précieuse que lorsqu’elle est vraiment au service de la vie.
Invariant n° 13 Les acquisitions ne se font pas comme l’on croit parfois, par l’étude des règles et des lois, mais par l’expérience. Etudier d’abord ces règles et ces lois, en français, en art, en mathématiques, en sciences, c’est placer la charrue devant les boeufs.
Invariant n° 14
L’intelligence n’est pas, comme l’enseigne la scolastique, une faculté spécifique fonctionnant comme en circuit fermé, indépendamment des autres éléments vitaux de l’individu. 
Invariant n° 15
L’Ecole ne cultive qu’une forme abstraite d’intelligence, qui agit, hors de la réalité vivante, par le truchement de mots et d’idées fixées par la mémoire.
Invariant n° 16 L’enfant n’aime pas écouter une leçon ex cathedra.
Invariant n° 17 L’enfant ne se fatigue pas à faire un travail qui est dans la ligne de sa vie, qui lui est pour ainsi dire fonctionnel.
Invariant n° 18 Personne, ni enfant ni adulte, n’aime le contrôle et la sanction qui sont toujours considérés comme une atteinte à sa dignité, surtout lorsqu’ils s’exercent en public.
Invariant n° 19 Les notes et les classements sont toujours une erreur.
Invariant n° 20 Parlez le moins possible.
Invariant n° 21 L’enfant n’aime pas le travail de troupeau auquel l’individu doit se plier comme un robot. Il aime le travail individuel ou le travail d’équipe au sein d’une communauté coopérative.
Invariant n° 22 L’ordre et la discipline sont nécessaires en classe.
Invariant n° 23 Les punitions sont toujours une erreur. Elles sont humiliantes pour tous et n’aboutissent jamais au but recherché. Elles sont tout au plus un pis-aller.
Invariant n° 24 La vie nouvelle de l’Ecole suppose la coopération scolaire, c’est-à-dire la gestion par les usagers, l’éducateur compris, de la vie et du travail scolaire.
Invariant n° 25 La surcharge des classes est toujours une erreur pédagogique.
Invariant n° 26 La conception actuelle des grands ensembles scolaires aboutit à l’anonymat des maîtres et des élèves; elle est, de ce fait, toujours une erreur et une entrave.
Invariant n° 27 On prépare la démocratie de demain par la démocratie à l’Ecole. Un régime autoritaire à l’Ecole ne saurait être formateur de citoyens démocrates.
Invariant n° 28 On ne peut éduquer que dans la dignité. Respecter les enfants, ceux-ci devant respecter leurs maîtres est une des premières conditions de la rénovation de l’Ecole.
Invariant n° 29 L’opposition de la réaction pédagogique, élément de la réaction sociale et politique est aussi un invariant avec lequel nous aurons, hélas! à compter sans que nous puissions nous-mêmes l’éviter ou le corriger.
Invariant n° 30
Il y a un invariant aussi qui justifie tous nos tâtonnements et authentifie notre action: c’est l’optimiste espoir en la vie.

Bibliographie

  1. Les invariants pédagogiques, de Célestin Freinet
  2. Les invariants pédagogiques (avec un sommaire), de Célestin Freinet



Prise de décision dans la classe

Essai de prise de décision démocratique dans un groupe classe

1 – Prise de décision originale

À l’origine dans mes classes précédentes la prise de décision du groupe était prise de manière très simple par un vote à mains levées à la majorité.

Les décisions sont prises rapidement, sans trop de discussion entre les membres du groupe, mais laissent de nombreux membres dans l’expectative. Il y a un semblant de démocratie car la moitié du groupe est d’accord avec la proposition.

Malheureusement cette décision est loin d’être démocratique par de nombreux aspects :

  • certains membres ne se sentent pas solidaires avec la décision prise,
  • la main levée fait qu’il y a une certaine pression subie par les personnes les plus timides,
  • décisions non discutées et donc subies par la plupart,
  • l’adulte étant présent, ses prises de position donnent une ligne à suivre pour beaucoup d’enfants.

Autant de points négatifs que je ne percevais pas. Je pensais ma pratique du groupe équilibrée et démocratique.

2 – Évolution

Au fil des discussions avec les parents d’élèves j’ai pris conscience qu’une évolution était nécessaire pour que les décisions impliquent enfin tous les membres du groupe.

La définition de la démocratie est celle-ci 19:

Système de rapports établis à l’intérieur d’une institution, d’un groupe, etc., où il est tenu compte, aux divers niveaux hiérarchiques, des avis de ceux qui ont à exécuter les tâches commandées.

Il fallait pour cela améliorer plusieurs points essentiels :

  • réfléchir aux rapports entre les membres du groupe, réduire les inégalités qui peuvent exister du fait de l’âge, de l’expérience ou de la position au sein du groupe.
  • Tenir compte des avis de chacun et surtout libérer la parole de tous.
  • La prise de décision finale.

J’ai pour cela regardé dans les différents outils de gouvernance partagée, et j’ai essayé de bricoler un système décisionnaire équilibré et égalitaire.

3 – Les prises de décisions aujourd’hui

Les décisions prennent un chemin plus complexe qu’auparavant.


La proposition est annoncée au groupe expliquée de la manière la plus précise possible, ce qui implique une réflexion importante auparavant.

Si aucune solution n’est trouvée pour que ce problème soit réglé, la proposition est abandonnée tout simplement.

Si un enfant voit un inconvénient ou un problème à cette proposition elle est discutée afin de trouver une solution acceptable et réalisable. Chacun peut apporter sa pierre à l’édifice et trouve ainsi une implication plus grande dans la décision. SI une solution est trouvée, la proposition est amendée et appartient donc à la classe.

À partir de là s’il y a un autre inconvénient la nouvelle proposition est passée à nouveau au même fonctionnement. Quand il n’y a plus de problème avec cette solution, ou si aucun problème n’est trouvé le groupe passe au vote. Afin de ne pas influer, ou le moins possible, sur le groupe l’adulte vote en dernier.

Exemples

  • J’ai voulu changer de place un atelier permanent dans la classe. j’ai donc proposé au groupe ce changement. Je n’imaginais pas à quel point quelque chose d’insignifiant pour moi pourrait être si perturbateur pour les enfants. Ils ont trouvé de nombreux inconvénients à ce changement, tous très pertinent :
    • luminosité → solution trouvée : une lampe a été ajoutée à cette endroit.
    • manque de place → de nouveaux meubles ont été trouvés.
    • outils plus éloignés → déplacement pour une place plus centrale de ces outils.

Cela a donné lieu à de nombreuses discussions forts intéressantes où chacun a trouvé sa place, même les plus jeunes. Ce changement s’est fait en douceur accompagné par tous.

  • De nombreuses perturbations sont venues déstabiliser le groupe cet après-midi. Les plus jeunes de la classe du bas (maternelles) sont venus pendant la sieste dans la classe. Ne connaissant pas les règles d’inscriptions dans les ateliers (étiquettes personnelles), ils ont géné les plus grands. On a organisé une réunion avec les plus jeunes et nous avons trouvé des solutions d’organisation afin que tout le monde y trouve son compte. Ainsi, les discussions ont été très riches également et ont permis d’élaborer une nouvelle organisation. Ainsi, un consensus a été trouvé en écoutant tout le monde. Il ne reste plus qu’à essayer.



Le débat libre mathématique

C’est une pratique de classe inspirée par les travaux de Paul Le Bohec et de Monique Quertier.

C’est une démarche qui engage pleinement l’adulte.

Organisation de la classe

Le groupe

Le débat se pratique au sein d’un demi-groupe de 12 enfants au maximum. Au delà il me semble qu’il est plus difficile de laisser la chance à tout le monde de parler à son aise.

Chaque groupe participe aux débats un jour sur deux.

  • 1er jour: groupe A

  • 2ème jour: groupe B

  • 3ème jour: groupe A
  • 4ème jour: groupe B

Disposition

Nous nous retrouvons devant le tableau en demi-cercle pour que tout le monde puisse se voir, cela facilite les échanges et les prises de parole.

Le maître peut voir tous les visages des enfants, observer le groupe, le sentir. C’est une donnée très importante pour pouvoir réagir pour rebondir lors du débat.

Le débat est également plus riche et plus intense.

Le matériel

Pour les enfants

Une ardoise et un feutre Véléda ou une feuille de papier et un crayon à papier. Certains utilisent des cahiers de création pour garder une trace écrite mais le débat reste essentiellement oral et on attrape les ardoises ou les cahiers que si nous en avons besoin.

Selon moi les ardoises sont très pratiques car elles permettent une recherche impromptue lorsque celle-ci se présente. Chacun peut chercher dans son coin s’il en a besoin.

Une boite pour stocker le matériel est pratique pour ne pas perdre du temps à le chercher à chaque séance car il est à portée de main si besoin.

La création de départ est écrite sur un support simple, ardoise, feuille, petit carnet… avec seulement un crayon car c’est un jet mathématique, pas une production finie.

Pour l’adulte

Un tableau vide avec tous les prénoms des enfants sera utile pour noter les productions commentées collectivement.

Une tige de bois pour montrer avec précision ce qui nous intéresse au tableau. Cette dernière servira également pour les enfants.

Comme le contenu de la séance n’est pas connu à l’avance, pour se rassurer et se former, un cahier de post-productions sera rempli après chaque séance. Il aura plusieurs utilités :

  • connaître l’avancée de la pensée du groupe,

  • utile pour l’administration qui pourrait demander des comptes,

  • lister les concepts entrevus et prendre conscience des motions mathématiques à revoir par le maître, enrichir sa culture personnelle,

  • pourra rassurer les parents.

Un tableau de toutes les compétences travaillées dans son classeur à cocher lorsqu’une l’une d’entre elle est vue.

Pour le collectif

Le matériel doit être accessible à tous (enfants et adultes). Une boite contenant tout le matériel peut-être mise en place.

Voici une liste non exhaustive du matériel susceptible d’être utilisé lors d’une séance. Il est bon de l’avoir à disposition.

Déroulement

Un demi-groupe est au tableau.

L’autre moitié de classe est pendant ce temps-là dans une activité calme : fichier auto-correctif, texte libre. Ils ont comme consigne de ne pas faire de bruit pour ne pas gêner le groupe en mathématiques.

Une séance commence par la consigne : (elle ne sera donnée que lors de la séance de lancement, elle est ensuite inutile.)

« Avec des traits, des chiffres, des lettres ou des points, faites quelque chose de mathématique. »

Les enfants ont 2,3 minutes pour créer une production sur leur support individuel(ardoise, feuille, cahier peu importe).

L’adulte récupère les productions, en reproduit au tableau. Ce seront les créations support pour le débat qui va s’engager. Pendant le temps de reproduction les enfants découvrent les productions silencieusement.

S’engage ensuite le débat. Les enfants qui souhaitent parler le peuvent. On échange, on se contredit on explique, on précise, on réfute, on s’ébahit mais toujours en respectant autrui.

L’adulte prend une position à la fois d’animateur, de membre du groupe, d’ignorant:

  • Animateur : si les enfants n’ont plus rien à dire ou tournent en rond, il se doit d’enrichir les débats avec des « et si … », ou « pourquoi ? » ou « que veux-tu dire par là ? ».

  • Membre du groupe : il peut s’asseoir et prendre place au sein du groupe pour participer comme tout le monde, mais toujours en observant le groupe, en repérant les observations.

  • Ignorant : quand je ne sais pas je cherche à savoir. Les enfants vont loin, très loin. Il est, me semble-t-il, impossible de tout savoir. Quand nous nous retrouvons dans une position d’ignorant et bien on cherche avec le groupe et ensuite on se cultive, on va chercher l’information nécessaire pour aider plus tard.

L’archivage

Toutes les productions sont effacées ou jetées à la poubelle.

lorsqu’une notion est acquise (abordée souvent, répétée de nombreuses fois, expliquée parfaitement par la majorité du groupe), il sera peut-être utile de l’afficher. Cela permettra de s’y reporter et il deviendra un outil utile à la classe lors des prochains débats.

Cela peut-être un cahier de vie collectif du débat rempli par les enfants.

Ce sera la mémoire du groupe.

Attention à ne pas penser à l’avance le contenu de ces traces, il ne faut pas devenir un contrôleur.

Quelques conseils personnels

  • Il faut pratiquer tous les jours les débats pour que cela devienne un automatisme pour les enfants.

  • Il faut traiter toutes les créations reproduites au tableau, même juste quelques mots car il y a toujours quelque chose à dire. Cela permet à l’auteur de prendre une place dans le groupe.

  • Si par malheur nous n’avons pas le temps de voir toutes les productions, l’auteur non vu, avec son accord, sera prioritaire lors de la prochaine séance à laquelle il participera. Il faut s’arranger pour que cela n’arrive pas.

  • Laisser les enfants en autonomie observer les séances. Par expérience il y a toujours des enfants qui gardent un œil affûté sur ce qu’il se passe dans le débat. Par contre ils ne peuvent pas participer.

  • La place de l’adulte est d’être l’intermédiaire entre les savoirs du groupe et les savoirs académiques.

  • L’adulte doit apprendre à se taire, dans le sens ne pas donner la réponse. Mais il doit parler, intervenir pour relancer, répondre à une question, une affirmation par une question : « Pourquoi dis-tu ça ? Comment le sais-tu ? Montre nous… »

  • Toujours alimenter sa culture personnelle. Quand on ne sait pas on va chercher l’information, notamment avec le dictionnaire de mathématique présent dans la classe. La rédaction du bilan de séance aide à mettre le doigt sur ses manques, ses oublis en mathématiques.

  • Si un enfant dessine une production trop complexe, ne reproduire qu’une partie afin de limiter les possibles du débat. L’objectif n’étant pas de brider l’enfant, mais de parler de mathématiques. Quand un dessin est trop complexe nous rentrons dans une pratique artistique.

  • Théâtraliser un maximum ses interventions.

  • Rire, rire et re-rire. Prendre plaisir est essentiel dans les apprentissages.

  • Il ne faut rien s’interdire, et si le débat le nécessite, il ne faut pas hésiter par exemple à changer d’espace.

  • Ne pas rester seul et échanger avec d’autres sur ses difficultés ou ses réflexions.

Exemple d’un débat mathématique libre dans ma classe

Un compte-rendu d’une séance avec une classe de CM1/CM2, commentée par Monique Quertier lors de notre compagnonnage.


Bilan de débat mathématique dans ma classe.

Bibliographie




Paul Le Bohec

Paul Le Bohec a toute sa vie prôné l’expression/création des enfants.

Pour lui c’est le cœur de la pédagogie.

Biographie

Paul Le Bohec est un pédagogue né à Plouasne, dans les Côtes d’Armor, le 28 juillet 1921. Il est mort le 12 janvier 2009. C’est un pédagogue Freinet, qui a développé la méthode naturelle d’apprentissage, notamment celle de mathématiques. Il a mis en avant l’expression création comme moteur du développement de l’enfant.

Il a obtenu son concours d’entrée à l’École Normale en 1937 à l’âge de 16 ans. 1940, Il découvre les spécificités de la vie rurale lors de la prise de fonction dans son premier poste à Gévézé. En 1945 il est nommé à Orgères au sud de Rennes. En 1946 il est nommé à Langourla. En 1947 il est nommé à Trégastel, poste où il restera 20 ans. La suite de sa carrière se déroulera à l’IUT des carrières sociales à Rennes.

Il participera à de nombreux voyages à l’étranger, notamment à Berlin-Est en 1972, en Italie où il effectuera 10 tournées dans plus de 60 villes à partir de 19851 . Paul Le Bohec animera de nombreux ateliers dans les rencontres internationales des éducateurs Freinet (RIDEF) à partir de 1981.

Carrière

  • 1937 – réussite du concours d’entrée à l’École Normale.
  • 1940 – premier poste à Gévézé.
  • 1945 – poste à Orgères.
  • 1947 – Poste à Trégastel avec un double niveau CP/CE1.
  • 1967 – École de Picherel, à Trégastel.
  • 1970 – Poste à l’IUT carrières sociales à Rennes.
  • 1977 – retraite, active.

Pédagogie

Paul Le Bohec a développé tout au long de sa carrière la méthode naturelle20, un des fondements de la pédagogie Freinet. Il introduit le texte libre dans ses pratiques pédagogiques en 1942 à la suite de la lecture d’un article dans une revue officielle qui traitait des “textes de vie”.

Il découvre l’Éducateur en 1945 et adhère au mouvement Freinet. Paul Le Bohec entame une correspondance active avec Élise et Célestin Freinet dès 1947. Il se dégage très souvent des techniques Freinet habituelles, comme la correspondance, afin de développer la création des enfants pour qu’ils aient une expression profonde. Il utilisera les nouvelles technologies comme le magnétophone, pour développer les langages des enfants. Il développe la méthode naturelle de mathématique en 1967 dans une classe double niveau de CP/CE1, dans l’école de Picherel. Il fera également évoluer sa pratique du texte libre21 en texte libre libre22 23.

De 1970 à 1977, Paul Le Bohec développera de nombreuses pratiques pédagogiques dont l’écriture collective 24, la méthode naturelle de poterie, les co-biographies25 et les écoutes picturales.

Méthode naturelle de mathématique

Pratique en classe de la méthode naturelle de mathématique26 27 28.

Les enfants d’une classe sont réunis par demi-groupes. Un groupe avec l’adulte et l’autre en autonomie. La consigne donnée au groupe est “avec des chiffres, des lettres des traits ou des points, faites quelque chose de mathématique.” Les enfants font leur création en 2, 3 minutes et la soumettent au groupe. Les enfants observent les créations affichées, les commentent pendant que l’adulte les questionne pour qu’ils précisent leurs idées. Au fil des débats, les enfants créent les concepts mathématiques grâce au conflit socio-cognitif. Le lendemain, le groupe qui était en autonomie la veille, deviendra le groupe actif, avec l’adulte.




Célestin Freinet

Célestin Freinet à Vence – photo du site humanite.fr

Article sur la vie et l’œuvre de Célestin Freinet.

Célestin Freinet est un pédagogue français du XXème siècle.

Il a élaboré tout son travail à partir des invariants pédagogiques dont le premier est que l’enfant est de la même nature que l’adulte.

Il a tout très tôt critiqué l’autorité de l’adulte qu’il considère comme une violence et pense que si l’enfant est passionné ou intéressé il n’y a plus besoin d’autorité.

Il rejette la scolastique et le travail dénué de sens. Les enfants pour être en activité doivent y trouver leur intérêt.

En cours d’édition …